Dans chaque page du site en cliquant sur ce logo on revient à la page d'Accueil. Logo Atelier d'écriture Emmanuel Bing.

Photo © Emmanuel Bing 2002

Élisabeth Bing est née en 1934 à Verdun. Fille d’un cadre chef de district à la SNCF, après des études de journalisme, elle se marie au début des années soixante au fils naturel de Jacques Copeau, Bernard Bing. Elle travaille comme journaliste à la radio, travaille avec Pierre Schaeffer au service de la recherche de l’ORTF, fréquente écrivains, peintres et musiciens. Son premier livre, Le ver coupé, une prose poétique, est publié en 1958 sous son nom de jeune fille. Elle travaille ensuite avec le peintre Jacques le Scanff à l’écriture de contes illustrés pour un éditeur anglais, travaille à des manuscrits. Amaigrie et fatiguée, elle quitte la banlieue parisienne en 1969 et elle s’installe avec ses trois enfants, Emmanuel, Gertrude et Rachel, dans la Drôme où elle travaille comme professeur de français dans un Institut Médico Pédagogique, l’École de Beauvallon. Devant la difficulté d’exercer de façon classique ce rôle de professeur pour des enfants caractériels, elle invente dès 1969 les premiers ateliers d’écriture en France. Elle relatera cette expérience dans un livre paru en 1976 aux éditions Des Femmes, Et je nageai jusqu’à la page.

Élisabeth Bing, 1934 - 2017

En 1973 la famille déménage à Aix en Provence, d’abord dans la pinède au dessus d’Aix, puis dans le village de Rognes où s’est installée une petite communauté dans laquelle elle restera deux ans, le temps d’écrire son livre. Elle rencontre les artistes et les intellectuels de la région, commence à travailler avec des adultes dans divers cadres, rencontre les professeurs de la Faculté de Lettres qui mettent en place des ateliers expérimentaux.

Elle s’installe à Paris cette même année 1976, avec son fils, dans un petit appartement napoléonien du sixième arrondissement. Dès lors elle met en place des ateliers pour enfants et pour adultes, se déplace beaucoup, donne des conférences et interviews suite au succès du livre. C’est en 1980 qu’elle crée une association, qu’elle quittera à la retraite.

Elle répond à la demande d’écriture d’un musicien et écrit un livret d’opéra. Elle publie Les hommes de traverses, encore aux Éditions des femmes, puis Ce livre que mon père écrivait, à L’Arpenteur, enfin Les fragments du Jour, au Préau des Collines. Elle est faite chevalier dans l'ordre des Arts et des Lettres en 1995 pour sa contribution au développement de la culture en France.

Son fils Emmanuel publie un livre en 2009 chez Maurice Nadeau, Le manuscrit de la mère morte, dont Élisabeth Bing est le personnage principal, et qui relate de nombreux souvenirs de sa mère, dans une tonalité douce amère et poétique. Il poursuit aujourd’hui son travail avec ses propres ateliers d’écriture.

 

Atteinte de la maladie d’Alzheimer depuis plusieurs années elle s’éteint dans son lit, dans la maison de retraite de Bessan dans l’Hérault, le jeudi 27 avril 2017, et est inhumée au cimetière du village.

 

EB

 

 

FILIATION

Pour répondre à la question qui est parfois posée, Élisabeth Bing est ma mère, et ma pratique de l'atelier se situe dans la continuité de son invention, en me tenant aujourd'hui éloigné des déviations dont cette invention a été l'objet, ainsi que des dérives pénibles auxquelles il nous a fallu assister lorsqu'elle a pris sa retraite.

Je raconte dans mon livre Le manuscrit de la mère morte la façon dont ce passage s'est déroulé. Je ne tiens pas en haute estime ces gens sans éthique.

Concernant l'atelier et l'invention de ma mère, il ne s'agit nullement pour moi de répéter un enseignement figé dans une théorie dont l'ossature trop rigide nous contraindrait à l'assèchement le plus total, comme cela a lieu ailleurs, mais bien de travailler à la création artistique et littéraire en atelier, cela se soutenant d'une démarche qu'Élisabeth Bing a initiée et dont jour après jour nous engageons la pratique, en construisant par ailleurs, au cours des conférences et séminaires, un environnement théorique en constante évolution.

EB

 

C’était un moment un peu étrange, entre pluie et soleil, en tout petit comité, j’ai lu un texte dans le cimetière, au dessus du cercueil, à ce petit public que je connaissais si bien, dont je savais que chaque mot pouvait toucher l’un ou l’autre. La pluie tombait sur ma feuille, comme des larmes, comme si le ciel se substituait à moi pour pleurer. Et puis il y a eu un rayon de soleil dans ce minuscule cimetière du sud, qui filtrait au travers des cyprès. Le sentiment d’étrangeté ne me quittait pas, le sentiment de fin du film. Il y a eu des chants magnifiques, voix de mes sœurs et de mes neveux, enfants, conjoints, tous musiciens. C’était émouvant et tranquille, symbolique et pour nous seuls.

 

EB

Comment amener les enfants à plus de liberté que le carcan de la scolarité classique, dont ils avaient, pour la plupart, été exclus ? Il existait dans l’institution un certain nombre d’ateliers, des ateliers de poterie, de menuiserie, de peinture etc., offerts à titre d’activités de création aux pensionnaires. C’est en prenant exemple sur cette forme de travail, qui excluait l’évaluation notée, le jugement de valeur, que furent créés les premiers ateliers d’écriture.
Il fallait rendre aux enfants le plaisir d’écrire, parfois brisé d’un coup d’encre rouge dans une marge, un "mal dit" comme un mal pensé, aboutissant le plus souvent à un mal-être.
Les enfants furent lancés dans leurs écritures. Récits, poèmes, calligrammes. Tout cela était nouveau à l’époque. Pas de notes, pas de jugement. Mais des paragraphes entiers de conseils, et des temps de travail sur l’écriture. Ce fut d’ailleurs une remarque qui lui fut faite : " tu nous fait travailler comme des écrivains… " Et, de fait, c’était bien de cela qu’il s’agissait. Au rencard, l’exercice.
Le fait de passer à un réel travail d’écriture, s’il était étonnant pour les enfants, était aussi tout à fait valorisant. Un livre relate cette expérience, "...Et je nageai jusqu'à la page."
Ces conditions de la naissance des ateliers d’écriture expliquent, au moins en partie, la force du travail, et la puissance maintenant longuement éprouvée de la démarche. Intérêt du contenu et valorisation du travail, l’absence de jugement négatif venant conforter une attitude et un désir de production initié par la motivation, a contrario de la correction destructrice du stylo rouge dans la marge scolaire.
Plusieurs colloques et publications ont eu lieu depuis, qui ont permis des phases de théorisation de la démarche.
Loin des dévoiements divers, scolaires, universitaires ou thérapeutiques qu’a pu inspirer cette démarche, si j’en poursuis la recherche et le travail, c’est bien dans cet esprit de création pionnière qui l’animait. C’est aussi du côté de la filiation et de la transmission que cela a pour moi quelque poids.

 

Emmanuel Bing

Emmanuel Bing au Colloque de Cerisy sur les Ateliers d'écriture, en 1983.

Made with Adobe Muse
Atelier d'écriture Emmanuel Bing.